Une famille autour du monde
 

VOYAGES AU LONG COURS

 Amérique du Sud 2002-2004
     Le véhicule
     Le parcours
     Carnets de route
        Le 02/11/2002
        Le 23/11/2002
        Le 23/12/2002
        Le 30/01/2003
        Le 05/03/2003
        Le 31/03/2003
        Le 28/04/2003
        Le 05/06/2003
        Le 09/07/2003
        Le 06/08/2003
        Le 26/08/2003
        Le 02/10/2003
        Le 07/11/2003
        Le 09/12/2003
        Le 02/01/2004
        Le 02/02/2004
        Le 02/03/2004
        Le 02/04/2004
        Le 02/05/2004
        Le 02/06/2004
        Le 30/06/2004
        Le 12/08/2004
     Arrêts sur image
     Infos pratiques
     Bilan en chiffres
 Amériques 1992-1994
 Afrique de l'Ouest 1990
 Afrique de l'Ouest 1988

Fenêtre sur les Andes (Argentine)

Compteur visiteurs

 
Le 7 novembre 2003, de Macapá (Brésil)
 

Bonjour tout le monde

LA CARTE

Près de João Pessoa, nous avons de nouveau trouvé refuge chez un prêtre. Cette fois, ce sont Inès et Benoît (rencontrés à Goias) qui nous avaient donné l'adresse. Severino est brésilien et il est très jeune : 36 ans. Ce qui a particulièrement étonné Elisa. Dans son esprit, tous les prêtres sont âgés !
Là-aussi, nous avons continué à dormir dans le fourgon, installés sur un terrain municipal juste à côté de la cure. Mais nous prenions les repas dans la maison, avec Severino. Ce qui nous a permis de goûter à la cuisine traditionnelle locale. Repas à base de "feijão" (haricots rouges), riz et pâtes, arrosés de jus de fruits frais ou de café. Le matin, "cuscuz" (espèce de flocons de maïs qui, une fois cuits, ressemblent en effet à la graine du couscous) et omelette, avec de nombreux fruits et le sempiternel café. Simple mais copieux.
Cabanes au pied des buildings Severino est basé à Conde, un village qui se trouve à 25 km de João Pessoa. Sa paroisse s'étale jusqu'au bord de mer et comprend plusieurs plages renommées de la région. Mais elle inclut aussi plusieurs "assentamentos". C'est ainsi qu'on appelle les nouveaux villages créés par des paysans sans terre (après qu'ils aient obtenus gain de cause). Les maisons y sont petites, toutes semblables et serrées les unes contre les autres. Les habitants ont chacun un lopin de terre. Reste à en tirer de quoi vivre et ce n'est pas si simple (voir notre Arrêt sur image : le Mouvement Sans Terre).
Nous avons passé trois semaines à Conde, faisant régulièrement des incursions à l'Alliance Française pour faire le plein de lecture. Fabrice, le directeur, nous avait chaleureusement accueillis et c'est la première fois que nous voyons une Alliance aussi "ouverte". Bibliothèque accessible à n'importe quelle heure, revues françaises à disposition et même un accès internet en libre service. Le rêve ! Fabrice nous a également invités dans une de ses classes pour parler de notre voyage à ses élèves : une vingtaine de francophiles.
Pour s'occuper, les enfants ont découvert la bataille navale. Ils se sont aussi lancés dans la réalisation de calendriers de l'Avant. Eh oui, Noël est déjà dans les esprits ! Sinon, ils ont beaucoup lu. Ou plus exactement : Samuel a lu pour Elisa.
Nous avons aussi beaucoup appris sur le Brésil en discutant avec Severino ou en lisant le journal de la région. Ce n'est évidemment un secret pour personne que dans ce pays les richesses sont très inégalement réparties. Mais cela atteint quand même des sommets difficilement imaginables... Globalement, 1 % de la population détient plus de 50 % des richesses. Le salaire minimum est de 240 R$ (environ 80 €). Ce qui est largement insuffisant pour vivre. Les salaires proposés par l'état s'expriment d'ailleurs en multiples de ce salaire minimum. Et quels multiples ! Le maire d'une petite ville comme Conde (17.000 habitants) ne gagne pas moins de 4.000 R$ (17 fois le salaire minimum). Un simple conseiller municipal reçoit 1.000 R$ (4 fois le salaire minimum, tout de même). De quoi susciter des vocations... Dans ces conditions, lors des élections municipales, c'est la guerre. Tous les coups sont permis pour assurer la victoire.
Samuel en plein travail Les plus pauvres, eux, bénéficient du plan "fome zero" (faim zéro) lancé par le président Lula qui leur alloue 50 R$ mensuels pour manger. Ils inventent aussi toutes sortes de petits boulots pour survivre. Il n'est pas rare de croiser sur une voie rapide des hommes qui tirent à la main des charrettes (plusieurs centaines de kilos à vide) chargées de vieux cartons ou de vieilles ferrailles. Dans Recife, les avenues principales ou les "shoppings" (on appelle ainsi d'énormes centres commerciaux chics) donnent une impression de grande richesse. Mais dès que l'on prend une rue transversale et que l'on s'éloigne de deux pâtés de maisons, c'est un univers complètement différent qu'on découvre. Celui des maisons délabrées, des graffitis sur les murs et des poubelles dans la rue. Nulle part ailleurs, nous n'avions vu jusqu'à présent de tels extrêmes se côtoyer comme ça.
La violence est aussi impressionnante. Les escadrons de la mort agissent pratiquement en toute impunité. Normal, me direz-vous, dans la mesure où ils se composent en majorité de policiers... Il ne se passe pas un jour sans que le journal annonce un assassinat. Les témoins qui seraient tentés de raconter ce qu'ils ont vu se font descendre aussi. Juges et hommes politiques qui essaient de s'attaquer au problème reçoivent quotidiennement des menaces de mort. De temps en temps, l'une d'elles est mise à exécution. Les écoles ne sont pas en reste : il y a un mois, un môme de 14 ans est mort des suites d'un tabassage en règle qui avait eu lieu dans la cour de récréation...
Le 17 octobre, enfin, nous avons reçu un premier colis du CNED. Je dis "premier" parce qu'il nous manque encore quatre matières : histoire-géographie, sciences et technologie, arts visuels (si, si, ça existe) et musique. Rien que ça ! En bref, nous n'avons reçu que les cours de maths et français (plus l'anglais pour Samuel). Il y aurait eu des retards à cause de changements dans les programmes... Comme si cela se savait à la dernière minute ! En tout cas, cela n'empêche pas le CNED de nous donner le 14 juin comme date limite de réception chez eux de la dernière évaluation. Bref, cette année encore, il n'y aura pas de vacances. Je sais : Samuel et Elisa ont eu près de cinq mois de grandes vacances ! Mais travailler trente semaines non-stop, ce n'est pas un rythme pour des enfants de leur âge. Enfin, bref, nous nous sommes remis au travail. Elisa attendait ça depuis longtemps. Samuel était moins enthousiaste (c'est un euphémisme !), mais le changement de présentation dans les cours de maths lui a redonné du coeur à l'ouvrage.
Paysage du sertão A Conde non plus, nous n'avons guère pu nous rendre utiles. Rémi a quand même participé un jour au chantier de la nouvelle église : il fallait couler une arche en béton. L'ancienne église date du début du XVIIIème siècle et elle est bien trop petite : 80 places assises, à tout casser. Elle est toujours archi-comble. Même à la messe de 6 h ! C'est que Conde est à la pointe orientale du Brésil. Mais on y utilise le même fuseau horaire qu'à Brasilia. Résultat : il fait jour à 4h00... et nuit à 17h15 ! Les gens ont donc l'habitude de se lever très tôt.
C'est toujours par le journal que nous avons appris que des manifestations secouaient la Bolivie. Le peuple s'opposait à la vente de gaz naturel au Chili et demandait le départ de Goni, le président actuel. Après un mois de grèves et des dizaines de morts chez les manifestants, Goni a jeté l'éponge. Mais cela changera-t-il quelque chose ?
De notre côté, nous avons de nouveau fait régler la pompe d'injection du VW, ce qui nous a permis de ramener notre consommation de gas-oil à 9 litres aux 100 km. Puis nous sommes revenus à Recife et nous nous sommes de nouveau installés chez Frei Angelino (toujours absent) pour attendre l'ordinateur. Nous en avons profité pour nous faire faire des tee-shirts personnalisés aux couleurs de "familleautourdumonde". Toute la famille en est équipée. Nous nous sommes également offert quelques hamacs. Et puis nous avons sympathisé avec un énorme crapaud d'une bonne douzaine de centimètres de haut. Tous les soirs, il venait s'installer devant la maison et chasser les insectes. Pour le plus grand plaisir des enfants !
Enfin, le 28 octobre, la bonne nouvelle tombe au téléphone : "l'ordinateur est réparé ; vous pouvez venir le chercher". Nous ne nous le sommes pas fait dire deux fois ! Le soir même, je m'installe pour préparer la mise en ligne du carnet de route de João Pessoa. A l'ouverture du fichier Word correspondant, un message indique que le fichier modèle a un problème. Faut-il le récupérer ? Je réponds oui, et là, tout à coup, l'ordinateur s'éteint de lui-même, se rallume... et plante. A partir de là, plus rien : tous nos essais pour le relancer se révèlent infructueux. Je vous laisse imaginer les jurons qui ont pu nous échapper : cinq semaines d'attente pour en arriver à ce résultat, il y avait de quoi s'arracher les cheveux !
Route en mauvais état Le lendemain, retour chez le réparateur. Là, surprise : parfois, ça marche ! Mais souvent il ne se passe rien ou alors ça bloque en cours de démarrage. D'après les techniciens, ce serait un problème de faux-contact sur la nouvelle carte-mère. En tout cas, nous n'allons pas redonner l'ordinateur à réparer : un mois et demi dans la région, ça suffit. Nous tâcherons de régler ce problème ailleurs.
En attendant, après un dernier passage à l'Alliance pour rendre les derniers livres empruntés, nous reprenons la route. Après un si long arrêt, c'est presque une sensation étrange ! Direction : l'intérieur des terres. Le sertão chanté par Bernard Lavilliers. Il y fait chaud et très sec. Les cactus deviennent nombreux. Les arbres fruitiers tropicaux, eux, ont disparu. Il n'y a plus que de petits arbres secs. Pratiquement aucune tache de verdure. C'est un environnement d'autant plus désolé qu'on y pratique beaucoup le brûlis. Les zones calcinées se multiplient dans le paysage... Les maisons sont en terre, sur une armature en bois. A l'intérieur du fourgon, il fait très chaud. Le soir, le thermomètre dépasse les 30°C. Sans les ventilateurs, ce serait invivable.
Les 90 jours alloués à notre entrée au Brésil approchent de la fin. Pour rallier Belém au plus vite, nous nous imposons un rythme d'enfer. Pour profiter au maximum du jour, Rémi démarre en effet dès 5h30 le matin. Samuel et Elisa continuent à dormir à l'arrière. Moi, je me mets à mon poste de copilote mais à une heure aussi matinale je suis loin d'être efficace... Les arrêts se limitent au maximum : le temps de manger et de faire notre séance de cours journalière. Résultat : 1.900 km en quatre jours, malgré des routes parfois en très mauvais état.
Le sertão fait vite place au bassin amazonien. Et si la chaleur est toujours là, la sécheresse, elle, a bel et bien disparu, faisant place à une recrudescence d'humidité. Les arbres fruitiers refont leur apparition. Les manguiers sont très nombreux, les arbres à cajou aussi. Et c'est la pleine saison. Au bord de la route, les vendeurs se multiplient : mangues bien mûres, cajous frais, noix de cajou grillées... Tout cela se vend à la sauvette, au niveau des ralentisseurs et à des prix défiant toute concurrence : 0,30 € pour 9 mangues sucrées à souhait ! Nous faisons cure de fruits et les enfants se régalent. Les élevages de zébus sont également très nombreux, mais personne n'en vend sur le bord de la route !
Un matin, un petit échassier au plumage fauve et aux fines pattes rouges nous regarde arriver, immobile au milieu de la route. Rémi fait des appels de phare, klaxonne... L'oiseau se décide finalement à décoller, mais part dans la mauvaise direction : paf, dans le fourgon. Commentaire de Rémi :
- Ils sont comme toi, les animaux : ils ne sont pas bien réveillés, le matin !
Barge de bois sur l'Amazone Enfin, nous voilà à Belém. Pas fâchés d'en avoir fini avec ce rythme infernal ! Reste maintenant à trouver comment traverser l'embouchure de l'Amazone... Pour continuer vers le nord, nous devons en effet rallier Macapá, de l'autre côté du delta, pile sur la ligne de l'Equateur. De nombreux bateaux font la traversée, mais il y a un problème : ceux qui transportent des passagers ne prennent pas de véhicules ; et inversement. Or nous voulons absolument rester avec le fourgon !
De toutes les compagnies jointes, une seule (Reicon, pour ne pas la nommer) nous laisse entrevoir un espoir. Non, les barges de transport de marchandises ne sont pas habilitées à prendre des passagers (d'ailleurs, elles ne sont pas équipées pour), mais si nous obtenons l'autorisation de la capitainerie du port, ce sera possible. Aussitôt, nous allons voir la capitainerie. Là, on ne comprend rien à notre histoire. L'homme croit apparemment que nous venons de débarquer au Brésil et que nous voulons faire les papiers d'immigration ! Enfin, après de multiples explications, comme il ne voit pas où est le problème et que l'agent de douane de Reicon se trouve justement dans les bureaux, tout est réglé. D'ailleurs, nous non plus, nous ne voyons pas où était le problème !
Ayant réglé toutes les formalités en milieu de matinée, nous allons passer le reste de la journée à attendre l'embarquement. Enfin, à la nuit (18h, ici) nous embarquons sur l'Almirante Fortuna, un ferry qui fait office de pousseur pour une barge chargée de remorques de camions et de bouteilles de gaz. Sur le ferry lui-même, cinq véhicules sont embarqués sans chauffeur. Ensuite, il y a un pick-up qui transporte de l'huile de moteur, quatre remorques pleines à craquer de bouteilles de gaz... et nous. Conditions de sécurité pas optimales, bien sûr, mais au moins nous disposons d'une douche (celle de l'équipage) et nous sommes même nourris. Pour dormir, ce sera comme d'habitude. Le chauffeur du pick-up, lui, a tendu son hamac sous une remorque.
VW sur le ferry, vers Macapá A 20h30, le moteur se met en marche : ça y est, on s'éloigne du quai ! Samuel accepte enfin d'aller se coucher. Une demi-heure plus tard, après un quart de tour, le bateau s'amarre de nouveau : le départ est reporté à 2h du matin. Pas grave. Nous ne sommes pas à quelques heures près.
Au lieu de partir vers la mer, comme nous le pensions, le bateau pique d'abord au sud-ouest, s'enfonçant dans les profondeurs du delta. Au matin, les rives sont relativement éloignées, mais bientôt nous nous retrouvons à slalomer entre une multitude de petites îles. De temps en temps, une petite plage apparaît. Sinon, c'est la forêt. Un mur végétal de 15 à 20 mètres de haut qui s'étend d'un bout à l'autre de l'horizon. Les bateaux sont nombreux. Beaucoup de barges (la plupart chargées de billes de bois) mais aussi de petits bateaux de pêche ou de transport de personnes et de multiples pirogues qui viennent proposer leur marchandise ou simplement s'arrimer pour faire du bateau-stop. Manoeuvre délicate qui n'a l'air d'effrayer personne et à laquelle les enfants s'entraînent dès leur plus jeune âge. Ici, ils s'amusent sur le fleuve comme d'autres, ailleurs, jouent au ballon sur la route ! Des colonnes de fumée dépassent souvent des arbres : du débroussaillage, sans doute. Sur le bord, il y a de nombreuses maisons en bois sur pilotis. Les enfants y font souvent signe de la main.
Enfin, c'est Macapá, après près de 40 heures de navigation. Nous voilà sur la ligne de l'Equateur... et bientôt sortis du Brésil !
Grosses bises à tous et à la prochaine.

Rémi - Flo - Samuel - Elisa

Carnets de route    Le 02/10/2003    Le 09/12/2003