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La face cachée des cocotiers - Extrait

   Géraldine a une chambre dans le même hôtel que nous. Demain matin, c'est ensemble que nous prendrons le taxi pour l'aéroport : elle part en Côte d'Ivoire, nous en Sierra Leone et les deux pays sont desservis par le même vol. L'étonnement arrondit ses yeux lorsque je mentionne Samuel et Élisa.
   - C'est possible, de partir avec des enfants ?
   Manifestement, elle n'y avait jamais songé. Intérieurement, je m'amuse de sa surprise : sa réaction était tellement prévisible ! Tellement "normale". En effet, quel parent responsable pourrait seulement imaginer partir en mission humanitaire avec ses enfants ? Conditions de sécurité parfois précaires, climat difficile, rythme de travail soutenu, confort le plus souvent sommaire : voilà de quoi se compose le quotidien d'une mission. Alors, entraîner des enfants là-dedans ? Un peu de bon sens, voyons ! Si personne ne nous a jamais accusés directement, Rémi et moi, d'être inconscients, beaucoup de gens l'ont assurément pensé.
   - C'est possible, oui, lui dis-je. Facile, non. Mais possible, oui.
   Elle hoche la tête.
   - C'est rassurant : ça veut dire qu'on peut faire ce métier plus longtemps.
   Eh oui ! Ce n'est pas parce qu'on a décidé d'avoir un enfant qu'on ne peut plus apporter sa contribution au monde de l'humanitaire. Au monde, tout court. Au contraire ! L'enfant nous ouvre sur l'extérieur, nous force à lier de nouveaux contacts. En faisant naître chez nous une qualité d'amour insoupçonnée, il nous rend plus perméables à la détresse des autres. Plus aptes à les comprendre. À éprouver de l'empathie. Il nous rend plus humains. Plus porteurs de sens et d'humanité. Ce n'est pas pour rien que dans de nombreuses cultures (africaines, notamment) il faut d'abord être parent pour être considéré comme adulte.
   En même temps, l'enfant nous rend plus forts. Sans le vouloir, sans même le savoir, et contrairement à ce qu'on pourrait penser de prime abord, il repousse nos limites. C'est une chance qu'il faut saisir.

   Nous voilà donc en route pour la Sierra Leone. Il n'y a pas si longtemps, c'est tout juste si je savais où cela se trouvait. Quelque part en Afrique de l'Ouest, bien sûr, mais où exactement ? Quelle langue y parlait-on ? Anglais ou espagnol ? Pas français, en tout cas...
   Autour de nous, on savait que nous cherchions à repartir en mission humanitaire. Certains se plaisaient à imaginer qu'ils pourraient nous rejoindre sur le terrain pendant leurs vacances. Mais lorsque nous avons commencé à mentionner la Sierra Leone, les réactions ont été unanimes.
   - Alors là, c'est sûr qu'on ne viendra pas !
   Peu de gens connaissent ce petit pays anglophone encadré par la Guinée Conakry à l'Ouest et le Liberia à l'Est. Mais ceux qui en ont entendu parler se souviennent d'une guerre civile d'une cruauté rare. Une guerre qui a duré dix années, de 1992 à 2002. Depuis, la Sierra Leone est restée dans les mémoires comme "le pays des mains coupées". Un autre Rwanda, terre de douleur ensanglantée dont la sauvagerie glace le sang... Rien d'une destination touristique !
   Dans le milieu humanitaire, la Sierra Leone est pourtant présentée aux volontaires sur le départ comme "la mission cocotiers" par excellence. De belles plages, un pays calme depuis plusieurs années, une population sympathique... bref, une destination de rêve !
   C'est oublier que les rêves correspondent rarement à la réalité. Et que tous les cocotiers du monde portent leur zone d'ombre.